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Paroles de libraire (1) : Rencontre avec Charlotte Desmousseaux, Librairie des Machines à Nantes

Charlotte Desmousseaux dirige la Librairie des Machines située au coeur des Machines de L’île à Nantes, un lieu d’exposition et d’animation où se croisent animaux fantastiques et sculptures cinétiques. L’espace réussit à combiner la légèreté d’une boutique de souvenirs et l’exigence d’une librairie de quartier. Rencontre avec une jeune libraire engagée et enthousiaste.

friseD’où vient votre passion pour les livres ?

Elle vient en grande partie de l’enfance, le refuge trouvé dans les livres. Issue d’une famille nombreuse, les livres circulaient entre oncles, tantes, grands-parents, d’une façon populaire et démocratique : le livre passeur, transmetteur. Ma passion des livres vient aussi de ce qu’ils offrent : la possibilité de « voir » le monde sous des angles multiples, subjectifs en même temps qu’un angle universel.

À 13-14 ans j’ai lu Lent Dehors de Philippe Djian, un vrai choc. J’ai su à ce moment là que je voulais travailler dans les livres. Ça a commencé par l’envie d’écrire, d’être écrivain, ce grand rêve pour lequel j’ai quitté la fac pleine d’illusions, persuadée qu’écrire était à la portée de tous.

Je me souviens des heures infinies passées à la bibliothèque – je ne fréquentais pas les librairies que je percevais comme des lieux d’instruction bourgeoise – quand un jour, je me suis enfin décidée à faire des recherches : « Comment accommoder son rapport au monde, défini par la passion pour les livres, avec la vie active ? ».

Je suis tombée par hasard sur cette formation de libraire : le Cecofop. C’était à Nantes et je vivais à Marseille. J’ai quitté Marseille à la fin de mon D.E.U.G de sociologie pour tenter l’aventure. J’ai multiplié les stages pour découvrir que j’aimais transmettre. La vie de libraire a commencé en 2005 et j’ai trouvé comment lier vie réelle et littérature. La littérature était un refuge, un rempart, elle est devenue vivante et j’ai choisi le rôle de passeur.

Quelle est la spécificité de la librairie des Machines ?

La Libraire des Machines est située sur le site touristique des Machines de l’île. On y trouve à part égale des livres et des souvenirs (Le Grand éléphant en bois et métal, le Carrousel des mondes marins, l’Arbre au héron…)

La librairie est née de l’envie de Pierre Oréfice et de François Delarozière de créer un lieu à la fois touristique et culturel. Au départ, la libraire référençait essentiellement des livres pratiques sur l’artisanat, la botanique, le spectacle vivant puis, petit à petit, son fonds s’est développé jusqu’à ce que la librairie s’intègre à la vie culturelle.

Les touristes, étonnés de trouver en ce lieu des livres, font le plein pour quelques mois, certains reviennent chaque année, il y a aussi les clients fidèles du quartier et les amis « littéraires » qui savent qu’ils trouveront chez moi des choix personnels.

Autre particularité : en plus de voir le Grand éléphant à chacun de ses passages le long de l’établissement, nous l’entendons ! La Libraire des Machines est la seule qui barrit… C’est un défi quotidien que de faire vivre le livre dans une boutique de souvenirs mais c’est aussi une forme d’engagement citoyen, une tentative de démocratisation du livre. Montrer qu’il est possible d’allier exigence littéraire et tourisme culturel.

Comment est organisée votre librairie, vos rayons, votre fonds ?

La librairie est organisée par thématiques. Mais c’est aussi un peu une caverne d’Ali Baba : il faut être patient et ne pas avoir peur de fouiner parmi les boîtes à sucres et les cartes postales pour trouver un ouvrage d’Henry Miller ou de la littérature française exigeante. On y trouve également beaucoup de récits d’aventures, de voyages, les livres, les auteurs que j’aime et qui donnent à la librairie sa personnalité. À partir de mon univers littéraire, je cherche à prolonger la poésie et le rêve qui se dégagent de l’univers des machines articulées, à rendre hommage aussi à l’invention et à la poésie urbaine.

J’ai également imaginé la partie librairie en lien avec ce que représente Nantes pour moi et les Nantais, une ville où se développe la création, l’architecture ; une ville qui tente d’être en phase avec l’art et l’écologie.

La valorisation du fonds est importante pour moi, celui-ci alimentant les nouveautés. Mon but est de conseiller les livres qui font sens. J’ai créé un rayon littérature africaine, je m’engage sur la transmission nord-sud, moyen-orient. C’est important pour moi que ces rayons là vivent et touchent un large public.

Quels sont vos récents coups de cœur ?

Je lis la presse spécialisée, mais en gardant toujours une marge d’autonomie, être prescripteur au-delà de ce que les critiques vont produire. La quête fait partie du métier. C’est un moteur, dénicher un texte que l’on pourra conseiller tout au long de sa carrière… Mon objectif est de donner de la visibilité à des auteurs que l’on ne croise pas ou peu dans la presse, être un complément, une impulsion pour rendre visible des petits éditeurs qui font un travail salutaire et dont les libraires sont aussi les vitrines.

Mes coups de cœur des derniers mois peuvent être liés à la rentrée littéraire – comme l’excellent Complications de Nina Allan (Tristram, 2013) – ou à la découverte d’auteurs du fonds que je n’avais pas encore lu comme Claude Simon que je dévore en ce moment. Ce sont des lectures exigeantes qui demandent concentration et temps, ce qui n’est pas toujours compatible avec le métier de libraire qui nécessite d’être au fait des nouveautés. Mais je profite de l’originalité de ma structure pour m’accorder ce temps, cette imprégnation qui alimentera de toute façon mon rapport à la nouveauté, en aiguisant mon regard.

Quelles publications des éditions inculte vous ont le plus marquées ?

Mon premier souvenir des éditions inculte date de 2005, je suis en stage de fin de formation à la Librairie Vent d’Ouest au Lieu Unique. Je suis formée par deux libraires à qui je dois beaucoup : Agnès et Caroline. La revue inculte y est représentée, et moi, je suis comme un « bébé libraire », je n’ai pas encore tous les codes, je me souviens de ces jaquettes blanches et de mon incapacité à y comprendre quoi que ce soit. L’année dernière je lis Matthew O’Brien, Blue Angel Motel, une révélation ! À la fois journalisme, sociologie, et portrait littéraire. Puis, je lis Le Clavier cannibale et Plonger les mains dans l’acide de Claro, émulation totale, L’alcool et la nostalgie de Mathias Énard, quelques unes des savoureuses anthologies littéraires dont Du cul qui, porté par 50 nuances de Grey (que je ne vends pas), est une de mes meilleures ventes. Et ce petit bijou de « littérature de la ville » : Projet El Pocero d’Anthony Poiraudeau, un livre dense et passionnant pour lequel j’ai décidé d’organiser une rencontre à la librairie. Je dévore Autopsie des ombres paru à la rentrée, les premiers textes de la collection Laureli de Laure Limongi. Les éditions inculte reflètent cette génération urbaine, active, littéraire en perpétuelle émulation. Inculte c’est un laboratoire et c’est assez jubilatoire de pouvoir être dans la boucle, de pouvoir vendre/transmettre ce travail là.

Site internet de la Librairie des Machines

Page Facebook de la Librairie des Machine

La Librairie des Machines
2, boulevard Léon Bureau
44200 Nantes
Ouverture du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 19h.


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