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Paroles de libraire (2) : Rencontre avec Emmanuel Requette, Librairie PTYX à Ixelles

En à peine une année, la librairie PTYX a réussi à imposer sa singularité dans le centre de la capitale belge. Attirant l’œil grâce à sa façade détonante, elle est un espace d’échanges, de rencontres, et propose une sélection drastique, symbole d’une indépendance farouchement défendue. Rencontre avec Emmanuel Requette, qui dirige la librairie aux côtés d’eVe Deluze.

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Comment êtes-vous devenu libraire, et quel est votre rapport à la littérature ?

Je suis devenu libraire sur le tard. J’en avais déjà l’envie dès mes études secondaires. Malgré cela, je me suis orienté prosaïquement vers d’autres carrières. Ce n’est qu’il y a quatre ans que j’ai pris la décision de revendre mes affaires et d’enfin assouvir cette envie. Nul regret cependant. Ni celui du passé, ni celui d’un virage tardif. Mes activités précédentes m’ont donné les moyens financiers de mes ambitions ainsi que l’expérience entrepreneuriale indispensable à tout projet commercial (ce qu’est aussi une librairie).

Mon rapport à la littérature (et plus généralement à la lecture) est compulsif. J’ai toujours énormément lu, en passant par tous les styles et écueils (je me souviens de deux de mes lectures de onze ans : Les mots de Sartre et Le Roi vert de Sulitzer). Au fur et à mesure, la lecture m’est apparue moins comme un acte, une fonction, une médiation entre moi et le savoir, que comme un apprentissage, un savoir en elle-même.

Comment la Librairie PTYX est-elle née, et que se cache-t-il derrière ce nom ?

La librairie est née du constat suivant : l’appellation « indépendante » ornant le fronton de la plupart des librairies était devenue usurpée. Ce vocable ne faisait plus que délimiter une réalité d’actionnariat. Etait vantée comme indépendante la librairie ne faisant pas partie d’un groupe. Alors même que l’indépendance ne se juge pas sur le seul critère d’une logique de groupe. Etre indépendant c’est l’être certes face à des demandes managériales mais aussi vis-à-vis de réalités commerciales, dont les premières n’en sont que les émanations. Il est bien de se dire « seul maître à bord » quand la « dure réalité commerciale » (qui a d’ailleurs parfois beau dos) vous impose, à compétences égales, les mêmes choix que ceux qui sont « gouvernés ». Partout les mêmes tables, les mêmes livres, les mêmes bandeaux. Et c’est le constat connexe de pouvoir faire autre chose (et de le vouloir très très fort) qui m’a décidé à me lancer.

Le terme « ptyx » renvoyant à Mallarmé (et au sonnet en yx, dont je ne vais pas faire ici l’exégèse, faut pas déconner) attestait à la fois cette ambition et cette volonté d’indépendance. La spécificité de la librairie en bref c’est l’indépendance et le bon. Sur le premier, on arrête. Sur le deuxième : on est farouchement opposé à cette légende de la « péréquation ». Vendre un Guyotat ne se peut que si l’on vend cent Musso (ou Lévy, ou Nothomb, ou Moix ou autres, soyons larges) ?!? Cela ne se peut que si et seulement si on pense que les gens sont majoritairement cons. Ne le pensant pas, on a donc décidé de ne pas leur donner cette impression. Et donc de choisir (oui, TOUT ce qui est présenté chez nous l’est par choix, et donc lu) et de ne proposer sur nos tables et dans nos rayons que le bon. Et donc, oui, chez nous pas de Lévy, Musso, Finkielkraut et autres…

Pourquoi avoir choisi une telle façade ? Comment est organisée votre librairie et quelle littérature défendez-vous ?

Je voulais annoncer la couleur dès l’entrée. Que la façade puisse se lire (textuellement) comme représentation du dedans. Mon architecte y a très bien travaillé.

Nous comptons environ 12 000 références. Nous avons tous les rayons classiques d’une librairie traditionnelle (hormis le pratique) : jeunesse, littérature, poésie (beaucoup), bande dessinée, etc., avec la volonté de décloisonner et d’aller droit à l’essentiel. Et d’attiser la curiosité. Ainsi les livres en littérature sont-ils classés par langue et non par pays (et donc, non, pas de rayon « belge »). De même, nos essais sont-ils classés (à part un rayon « Musique » et un autre « essais littéraires ») sans démarcation mais avec une grosse orientation philo. Nous avons un rayon « transgenre » dans lequel nous mêlons allègrement photo, texte, image, esthétique.

Quant à la littérature que nous défendons ? Mais la bonne, que diable ! Et aux esprits chagrins qui nous répondraient que cela est question d’appréciation subjective, de sensibilité, et que prétendre le contraire est faire montre d’élitisme et de prétention, à ceux-là nous répondons (après avoir, bien entendu, étalé à leurs pieds l’ampleur de notre culture, gage de sérieux) que si eux-mêmes différencient sans pédanterie un rayon « développement personnel » d’un rayon « philosophie », c’est que, ils le reconnaissent implicitement, des critères existent bel et bien pour séparer le bon grain de l’ivraie.

2274_007 - CopieLisez-vous la presse spécialisée ? Quels sont vos récents coups de cœur ?

Notre souci d’indépendance va jusqu’à nous faire refuser la lecture de la critique littéraire. L’ennui qu’elle suscite en nous n’y étant bien entendu pour rien. Lire cent fois la même chose sur le même livre, si cela n’éveille pas en nous un intérêt immédiat, peut se révéler une expérience poétique dont nous pouvons goûter la saveur. Mais la rigueur nous anime.

Plus sérieusement, nous ne lisons jamais un article portant sur un livre que nous n’avons pas lu. Nous nous contentons de parcourir la presse spécialisée (revues ou blogs) pour en retirer des listes de titres qui auraient échappé à notre vigilance et à celle des représentants.

Quant aux derniers titres parus (on arrête à cinq) qui ont particulièrement retenu notre attention : Hubert Lucot, Je vais, je vis chez P.O.L. ; Herberto Helder, Les cent pas chez Chandeigne ; Paolo Virno, Et ainsi de suite chez L’éclat ; Jean-Louis Bailly, Un divertissement chez Louise Bottu ; et Pierre Déléage, Inventer l’écriture chez Belles Lettres.

A ceux-là s’ajoutent nombre de livres qui ne sont pas parus récemment (car oui, comme nous avons un jour lu des livres qui n’étaient pas récents, nous continuons à le faire).

Nous ne suivons pas en particulier et à priori certaines maisons d’éditions plus que d’autres. Mais il va de soi, au vu de notre pedigree, que certaines ont plus d’affinités avec notre projet. Je ne consulte donc les catalogues XO, Michel Lafon, Grasset et Gallimard que pour rire (allez ! presque).

Quel est votre rapport aux éditions inculte ? Quelles sont les publications qui vous ont le plus marqué ?

Sans être intimes, nous nous apprécions mutuellement. Nos rapports sont donc courtois, amicaux, voire intéressés.

J’ai découvert la maison avec l’immense London Orbital de Iain Sinclair. Mes titres phares, hormis ce dernier, sont Les Instructions d’Adam Levin qui m’a fait changer du tout au tout la manière avec laquelle j’ai décidé d’éduquer mes enfants, Plaidoyer pour l’éradication des familles de Stéphane Legrand, que je me souviens avoir lu 9 mois avant la naissance de mon petit septième, et bien entendu Suburbia de Bruce Bégout, que je revois avec émotion garer son Hummer devant la librairie, lorsque nous l’avons reçu.

Site Internet de la Librairie PTYX

Page Facebook de la Librairie PTYX

Librairie PTYX
Rue Lesbroussart
39 1050 Ixelles, Belgique
Ouverture les mardis, mercredis, jeudis et samedis de 10h à 18h30, et les vendredis de 10h à 20h30.
Ouvertures exceptionnelles les dimanches 8, 15 et 22 décembre.